Le quotidien espagnol El País appelle à l’ouverture d’une enquête judiciaire urgente sur des agressions présumées commises par des militaires espagnols contre des migrants entrés à l’enclave occupée de Sebta les 30 et 31 juillet, lors d’une crise migratoire qui avait vu affluer quelque 70.000 personnes depuis le Maroc. Dans son éditorial publié mardi, le journal estime que des rapports médicaux transmis à la justice constituent désormais des éléments suffisants pour faire la lumière sur ces accusations.
Au nombre d’une vingtaine environ, ces documents ont été adressés par l’hôpital universitaire de Sebta au tribunal de la ville. Ils font état de blessures dont auraient souffert des migrants après avoir été frappés par des soldats espagnols participant aux patrouilles de sécurité. Pour El País, ces éléments justifient l’ouverture d’investigations judiciaires afin de vérifier les faits et d’établir les éventuelles responsabilités.
Le quotidien considère que ces rapports médicaux renforcent la crédibilité d’accusations apparues à la suite de l’afflux migratoire des 30 et 31 juillet. Des vidéos et des photographies diffusées sur les réseaux sociaux et relayées par les médias avaient alors fait état de violences indiscriminées contre des migrants, imputées à des individus en uniforme espagnol.
Des témoignages et des enregistrements au cœur du dossier
Ces accusations avaient également été documentées par Amnesty International. Dans un rapport publié en septembre dernier, l’organisation de défense des droits humains a recensé des actes de torture ainsi que d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants qui auraient été infligés à des migrants par des membres de la Légion espagnole et du régiment régulier de Sebta. Le document s’appuie notamment sur 22 témoignages détaillés et des photographies montrant les blessures des victimes. Amnesty International a toutefois choisi de préserver leur anonymat afin de garantir leur sécurité.
Le dossier comporte également des enregistrements audio divulgués dans les médias. Le 15 septembre 2026, le ministère espagnol de la Défense les a transmis au tribunal de Sebta et au parquet. Ces enregistrements font entendre des soldats, supposés être stationnés dans la ville, se vanter sur un ton moqueur d’avoir frappé des migrants et de les avoir maltraités.
L’absence de données permettant d’identifier les victimes a cependant constitué un obstacle majeur au déroulement de la procédure judiciaire, souligne El País. Le quotidien estime que les rapports médicaux transmis à la justice pourraient permettre de surmonter en partie cette difficulté en apportant des éléments objectifs sur les blessures constatées.
Une obligation d’enquête pour les autorités
Pour le journal espagnol, le tribunal dispose désormais de suffisamment d’éléments pour déterminer si les blessures consignées dans les documents médicaux résultent effectivement d’actes commis par des soldats espagnols. Il rappelle que le droit international humanitaire impose aux États d’ouvrir d’office une enquête lorsque des indices font apparaître des soupçons de mauvais traitements ou de torture imputables à des agents publics.
Cette obligation, estime El País, s’applique pleinement à l’affaire de Sebta. L’enjeu est désormais de vérifier les accusations, de déterminer les circonstances des faits allégués et, le cas échéant, d’établir les responsabilités individuelles.
Le quotidien conclut qu’une enquête rapide et effective serait dans l’intérêt de toutes les parties, y compris des forces armées espagnoles. Il met en garde contre le risque de laisser croire que de tels comportements pourraient être tolérés et appelle les autorités à exercer la plus grande vigilance pour garantir le respect intégral des obligations découlant du droit international.
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Source : Hespress
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