mardi 3 novembre 2026
Revue de presse

Énergie, eau, semences : la souveraineté érigée en doctrine

Stocks stratégiques, 18 GW supplémentaires, près de 400 barrages, autonomie semencière, Cloud souverain : le programme gouvernemental donne à la souveraineté un contenu bien plus large que la protection du…

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Énergie, eau, semences : la souveraineté érigée en doctrine

Stocks stratégiques, 18 GW supplémentaires, près de 400 barrages, autonomie semencière, Cloud souverain : le programme gouvernemental donne à la souveraineté un contenu bien plus large que la protection du territoire, en l’adossant à la maîtrise des ressources dont dépend la résilience du pays.

Dans un environnement mondial instable, aggravé par des pressions climatiques récurrentes, le programme gouvernemental consacre une conception élargie de la souveraineté. Celle-ci ne se réduit plus à la défense des frontières : elle s’étend à la maîtrise des ressources stratégiques indispensables à la résilience nationale. Six piliers structurent cette vision : la sécurité énergétique, la gestion durable de l’eau, l’autonomie alimentaire, la montée en gamme industrielle, l’innovation technologique et le renforcement des capacités de défense. L’Exécutif entend ainsi prémunir le pays contre les chocs extérieurs, sans repli autarcique, tout en consolidant son rôle de hub industriel et énergétique régional.

Le volet énergétique conjugue sécurisation à court terme et déploiement massif des renouvelables. Le Programme instaure l’obligation de maintenir un stock national de sécurité en hydrocarbures couvrant au moins trois mois de consommation. Il prévoit parallèlement d’injecter près de 18 gigawatts de capacités électriques dans le réseau, à travers de grands complexes solaires et éoliens : Midelt 1, 2 et 3 (990 MW), Tahaddart 2 et 3 (1 400 MW), Nador (1 200 MW) et le programme éolien En-Nassim (1 120 MW). Ces capacités seront accompagnées d’environ 2 230 MW de batteries de stockage et de stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), pour améliorer le rendement des réseaux.

L’objectif est de porter la part des énergies renouvelables à 52 % du mix électrique d’ici 2030. Un taux d’intégration locale d’au moins 50 % sera imposé à l’horizon 2031 dans l’ensemble des projets du secteur, et deux zones industrielles dédiées à la fabrication d’équipements verts doivent réduire le coût d’accès à l’électricité propre pour les PME. La stratégie englobe également la réalisation d’infrastructures de gaz naturel liquéfié (réception, stockage, regazéification), le suivi du tracé du gazoduc Nigéria-Maroc et l’accompagnement des investisseurs dans l’hydrogène vert et l’ammoniac.

Face au stress hydrique structurel, la politique de l’eau change d’échelle en misant sur les ressources non conventionnelles. Six nouvelles stations de dessalement d’eau de mer doivent permettre de dépasser 1,8 milliard de mètres cubes par an d’ici 2031. Le Programme prévoit aussi la finalisation du second tronçon d’interconnexion entre les bassins de l’Oum Er-Rbia, de Lalla Takerkoust, du Bouregreg et du Sebou, afin de rééquilibrer le potentiel hydrique national, ainsi que la réalisation de près de 400 barrages et retenues d’eaux pluviales.

Du côté de la demande, l’irrigation goutte-à-goutte sera étendue à 350 000 hectares supplémentaires, pour atteindre 1,2 million d’hectares équipés, soit près de 70 % des surfaces irriguées. Le recyclage des eaux usées traitées sera accéléré pour l’arrosage des espaces verts et des golfs, comme pour l’usage industriel. Dans le monde rural, plus de 1 000 points d’eau seront aménagés et le pastoralisme développé afin de préserver le cheptel.

La souveraineté alimentaire repose sur la protection des capacités de production et la réduction de la dépendance aux intrants étrangers. Un programme national d’autonomie semencière doit faire passer la part des semences nationales de 20 à 50 %, avec l’appui de banques de gènes locales chargées de préserver la diversité variétale. Le semis direct sera adopté sur un million d’hectares à l’horizon 2030 pour renforcer la résistance des céréales à la sécheresse, et les programmes d’assurance contre les aléas climatiques extrêmes seront élargis. L’approvisionnement en engrais phosphatés sera, lui, régulé, en coordination avec le Groupe OCP, pour garantir des prix stables aux agriculteurs.

Pour la filière animale, la stratégie associe numérisation et traçabilité électronique du cheptel, via le Système national d’identification et de traçabilité, et soutien direct aux petits et moyens éleveurs afin de préserver la reproduction des races locales, comme le Sardi, le Timahdite et le D’man. Elle vise une couverture sanitaire d’au moins 85 % des animaux. La société BIOPHARMA sera modernisée selon les standards de l’industrie 4.0, afin de produire localement les vaccins vétérinaires critiques et les kits de diagnostic.

L’indépendance économique s’appuie par ailleurs sur une intégration industrielle plus stricte. La Charte de l’Investissement conditionne désormais les subventions de l’État au taux d’intégration locale effectif, à la création d’emplois qualifiés et au volume de R&D réalisé sur place, avec des cibles de 80 % dans l’automobile et de 60 % dans l’aéronautique à l’horizon 2031. Cette dynamique inclut la relocalisation de la fabrication de composants critiques : composants électroniques, batteries LFP (lithium-fer-phosphate), logiciels embarqués, câblage avancé, chimie fine et équipements électriques.

L’Exécutif s’engage aussi à structurer un pôle industriel de défense et de sécurité compétitif, fédérant recherche, ingénierie, fabrication d’équipements et maintenance. Il s’appuiera sur des partenariats internationaux, notamment des joint-ventures avec des acteurs de premier plan, assortis de clauses de transfert de technologie effectifs.

Sur le plan numérique, le gouvernement déploie des moyens ciblés pour protéger les données critiques et développer les compétences d’avenir. Un programme national d’urgence prévoit la formation de 5 000 experts en intelligence artificielle par an et l’intégration de modules d’apprentissage dès le secondaire. Il prévoit aussi la création du réseau des instituts JAZARI, consacrés à la recherche appliquée en IA, en science des données et en calcul haute performance. Un Cloud souverain national, reposant sur des centres de données sécurisés en territoire national, hébergera les données stratégiques de l’État et des opérateurs d’importance vitale, tandis que les systèmes de détection et de réponse aux cyberattaques seront mis à niveau.

Le Programme prévoit enfin le renforcement de la prévention des catastrophes naturelles, avec la finalisation de la Stratégie nationale Risques 2030, qui couvre séismes, inondations et glissements de terrain. Il comprend le déploiement du dispositif Vigirisques Inondations, un système d’alerte précoce fondé sur des capteurs connectés et une modélisation hydrologique en temps réel, ainsi que l’opérationnalisation du Fonds de Solidarité contre les Événements Catastrophiques, destiné à indemniser les populations vulnérables et à accélérer la reconstruction.

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Source : Hespress

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