Le débat sur le programme gouvernemental, présenté lundi par la cheffe du gouvernement lors d’une séance conjointe des deux Chambres d u Parlement, a donné lieu à des prises de position distinctes au sein de la majorité. Le Parti authenticité et modernité (PAM) a défendu la nécessité de poursuivre les chantiers engagés tout en corrigeant les dysfonctionnements existants, tandis que le groupe socialiste a insisté sur l’amélioration concrète des conditions de vie des citoyens et sur l’accès effectif aux services publics.
À la Chambre des conseillers, le groupe du PAM a mis en garde contre les analyses qui assimilent le gouvernement actuel à son prédécesseur. « Juger le gouvernement actuel comme s’il s’agissait du gouvernement précédent relève de la désinformation de l’opinion publique et d’une déformation des analyses politiques », a-t-il estimé, soulignant que les responsabilités politiques, les visions et les capacités de réforme et de réalisation diffèrent d’un gouvernement à l’autre. L’équipe parlementaire a également affirmé que l’Exécutif actuel renouvelait son discours, ses promesses et son programme.
Lors d’une séance plénière consacrée à l’examen du programme gouvernemental, le président du groupe, Abdelkrim El Hams, a rappelé que le gouvernement s’était engagé à préserver les acquis, à poursuivre les grands chantiers faisant consensus et à remédier aux dysfonctionnements. Une démarche qui relève, selon lui, des responsabilités ordinaires d’un nouvel Exécutif, appelé à inscrire son action dans la continuité de l’État et des institutions.
Le rôle du gouvernement consiste également à apporter de nouvelles réponses aux problèmes existants, a-t-il poursuivi. Dans les démocraties établies, a-t-il fait valoir, les nouvelles équipes gouvernementales reprennent le travail là où leurs prédécesseurs l’ont laissé, sans repartir de zéro.
Pour le PAM, la différence entre l’actuel gouvernement et ceux qui l’ont précédé dépendra principalement de sa capacité à identifier précisément les dysfonctionnements et à les traiter directement, en s’appuyant sur une orientation claire et transparente.
Le groupe a par ailleurs souligné que l’Exécutif avait pris ses fonctions dans un contexte national et international particulièrement délicat, marqué par des difficultés économiques et sociales internes, mais aussi par des pressions économiques, financières et géopolitiques extérieures.
Malgré ces contraintes, les élus du PAM se sont dits satisfaits des réponses inscrites dans le programme gouvernemental, qu’ils jugent réaliste et destiné à concrétiser les engagements annoncés par les partis de la majorité.
El Hams a décrit un programme « intelligent et clair », qui réorganise les priorités en fonction des attentes des citoyens. Il a notamment mis en avant la protection du pouvoir d’achat, l’amélioration de l’efficacité des systèmes de santé et d’éducation, ainsi que des objectifs politiques, économiques et sociaux déclinés dans les grandes orientations du texte.
Celles-ci portent sur la consolidation de l’État de droit et des institutions, la moralisation de la vie publique et la lutte contre la rente, dans le but de rendre les politiques publiques plus efficaces. Elles prévoient également la préservation de l’identité nationale et de la citoyenneté, le renforcement de la cohésion de la société marocaine, la restauration du pouvoir d’achat et la consolidation d’un État social durable.
L’intégration des jeunes dans l’éducation, la formation et l’emploi décent figure aussi parmi les priorités citées. À ces objectifs s’ajoutent la garantie et la pérennisation de la souveraineté stratégique du Royaume, le renforcement de son rayonnement international et la construction d’une économie suffisamment solide pour financer ses ambitions sociales et souveraines.
Les socialistes insistent sur l’accès effectif aux services publics
De son côté, le président du groupe socialiste (PPS) à la Chambre des conseillers, Youssef Aïdi, a placé la dimension sociale au cœur de son intervention. Son parti, qui est passé de l’opposition à la majorité à la suite des changements issus des dernières élections législatives, considère la justice sociale, la solidarité et l’égalité des chances comme des principes fondamentaux, en cohérence avec ses valeurs de développement équitable et de vie digne.

Pour Youssef Aïdi, cette dernière notion ne saurait se limiter à la garantie d’un revenu minimum. Elle implique un accès équitable à la santé, à l’éducation, au logement, à l’eau, aux transports et aux services publics, ainsi que la préservation de la dignité humaine à toutes les étapes de la vie.
Le responsable socialiste a salué l’évolution proposée par le programme gouvernemental : passer de l’élargissement de la couverture sociale à l’amélioration de la qualité des services, de la multiplication des programmes à leur mise en cohérence, et de l’augmentation des investissements à une meilleure mesure de leur rendement et de leur impact direct.
En matière de protection sociale, le groupe du Parti de la rose, troisième composante de la majorité par son poids électoral, a notamment soutenu l’engagement visant à accélérer le chantier royal en faveur d’une couverture sanitaire universelle et effective. Il a également approuvé l’objectif de garantir la pérennité de l’assurance maladie obligatoire et de dépasser la simple généralisation du droit à la couverture pour assurer un accès réel, équitable et continu à des soins de qualité.
La réalisation de ces objectifs suppose, selon Youssef Aïdi, de corriger les disparités territoriales de l’offre de soins, d’améliorer l’accueil des patients et les services d’urgence, de renforcer les ressources humaines, d’institutionnaliser le parcours de soins et de développer le système national d’information sanitaire.
« Le droit à la couverture ne saurait être pleinement garanti si le citoyen reste incapable d’obtenir un rendez-vous, s’il est contraint de parcourir de longues distances ou s’il doit supporter des dépenses dépassant ses moyens », a-t-il souligné.
Le groupe socialiste a également salué la révision du ciblage des aides sociales, désormais fondé sur les revenus réels, ainsi que leur augmentation progressive, de 500 à 1.000 dirhams à la fin du mandat gouvernemental. Il a soutenu la volonté de transformer ces aides en instruments d’insertion et d’élargir le bénéfice de l’indemnisation pour perte d’emploi.
Autre mesure mise en avant : le versement automatique d’une aide sociale aux familles éligibles dont la facture mensuelle d’électricité du logement principal ne dépasse pas 100 dirhams. Prévu sans demande écrite ni déplacement administratif, ce dispositif traduit, selon Youssef Aïdi, une volonté de simplifier les procédures et de rapprocher l’administration des citoyens.
Le responsable a toutefois souligné que l’efficacité de ces mécanismes dépendrait de la précision du ciblage, de la facilité d’accès aux aides, de la clarté des conditions d’éligibilité, de la possibilité de déposer des recours et de la protection des données personnelles. Il s’agit notamment d’éviter que des bénéficiaires légitimes soient privés de leurs droits en raison d’erreurs administratives ou numériques.

Les pensions et les droits des veuves au centre des engagements sociaux
La situation des veuves constitue un autre volet des engagements salués par le groupe socialiste. Le programme prévoit de porter leur pension à 100 % de la pension principale à laquelle leur époux décédé avait droit, contre 50 % actuellement, tout en préservant les droits des orphelins et des autres ayants droit.
Youssef Aïdi a estimé que cette évolution comportait une dimension importante d’équité et de justice sociale.
Le président du groupe a également soutenu l’orientation visant à relever progressivement à 3.000 dirhams par mois le montant minimum des pensions principales dans les différents régimes.
Il a néanmoins insisté sur la nécessité d’inscrire ces engagements dans un calendrier de mise en œuvre précis et de les accompagner d’un financement durable. Leur application devra, selon lui, préserver les droits acquis et contribuer à réduire la précarité, notamment celle des femmes qui assument de lourdes responsabilités familiales après la perte du soutien de famille.
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Source : Hespress
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