mardi 3 novembre 2026
Revue de presse

Cash : la circulation fiduciaire s’envole à 513 milliards de DH

La monnaie fiduciaire a progressé de 15,5 % en 2025 pour représenter 30 % du PIB, selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib sur les moyens de paiement. Retraits nets…

CasablancaVeille Infos Casa8 min de lecture
Cash : la circulation fiduciaire s’envole à 513 milliards de DH

La monnaie fiduciaire a progressé de 15,5 % en 2025 pour représenter 30 % du PIB, selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib sur les moyens de paiement. Retraits nets à des niveaux exceptionnels, ruée de l’été puis du dernier trimestre, effet de la CAN : les espèces ont accéléré, alors que les paiements électroniques progressent eux aussi à deux chiffres.

La demande d’espèces a changé de braquet en 2025. Dans son rapport annuel sur les infrastructures de marchés financiers et les moyens de paiement, Bank Al-Maghrib fait état d’une circulation fiduciaire, encaisses des banques comprises, de 513 milliards de dirhams à fin décembre, soit une hausse de 15,5 % en glissement annuel. Le rythme tranche avec celui des exercices précédents : 7,6 % en 2024, après une moyenne de 10,5 % en 2022 et 2023. Rapporté à la richesse nationale, l’encours équivaut à 30 % du PIB, contre 28 % un an plus tôt et un niveau légèrement supérieur à 20 % avant la crise sanitaire.

En volume, le stock en circulation atteint 3,4 milliards de billets (+15 %) et autant de pièces (+3 %). Les billets de banque marocains pèsent à eux seuls 508,5 milliards de dirhams, soit 99 % de la valeur totale, avec une progression de 15,6 % après 7,7 % en 2024. Le billet de 200 DH domine : il représente 76 % de la valeur en circulation, contre 75 % l’année précédente, et 57 % des coupures en volume, tandis que celui de 100 DH recule d’un point, à 22 % de la valeur. Les coupures de 50 et de 20 DH ne comptent chacune que pour environ 1 %. Côté séries, la série 2023 gagne du terrain, passant de 9 % à 27 % du volume en circulation, quand la série 2012 revient de 85 % à 69 %. Les pièces totalisent pour leur part 4,6 milliards de dirhams (+4,9 %), soit 1 % de la circulation en valeur.

Aux guichets de la Banque centrale, les flux ont atteint des niveaux que le rapport qualifie d’exceptionnels. Les retraits sont passés de 227 à 262 milliards de dirhams, alors que les versements ont légèrement fléchi, de 195 à 193 milliards. Les retraits nets ressortent ainsi à 69 milliards de dirhams, contre 32 milliards en 2024 et 53 milliards en 2020, au plus fort de la crise sanitaire. Pour les seuls billets, 1,9 milliard de coupures sont sorties des guichets (+14 %), contre 1,4 milliard versées (+0,7 %).

La chronologie de l’année éclaire cette envolée. Au premier semestre, malgré les effets résiduels de l’amnistie fiscale début janvier et l’absence de sacrifice à l’occasion de l’Aïd Al-Adha, les retraits nets sont restés quasi stables, à 26 milliards de dirhams. Ils se sont ensuite emballés durant la saison estivale : 17 milliards sur les seuls mois de juillet et août, contre une moyenne de 7 milliards sur les mêmes périodes des exercices antérieurs. Après une légère accalmie en septembre, le quatrième trimestre a affiché 25 milliards de dirhams de retraits nets, là où la moyenne des années précédentes tournait autour de 6 milliards. Le rapport avance que cette évolution pourrait s’expliquer, en partie, par l’organisation de la 35e Coupe d’Afrique des Nations.

Bank Al-Maghrib consacre un encadré à cet effet, en précisant que la mesure demeure partielle, les préparatifs de la compétition ayant débuté bien avant son déroulement. Sur la période du 15 décembre 2025 au 23 janvier 2026, une semaine avant et après la manifestation comprises, les retraits de billets marocains aux guichets ont atteint 30,2 milliards de dirhams, contre une moyenne de 22,9 milliards sur les périodes comparables de 2022 et 2023. Les années 2024 et 2025 ont été écartées de la comparaison en raison de l’incidence exceptionnelle de l’amnistie fiscale prévue par la loi de finances 2024. Les versements ont, eux, augmenté d’environ 20 %, à 22 milliards, ce qui traduit, selon le rapport, le caractère essentiellement transactionnel de la demande. Les retraits nets se sont élevés à 8,3 milliards de dirhams, presque le double de la moyenne de 4,4 milliards.

La monnaie divisionnaire a été sollicitée dans les mêmes proportions : 30 millions de pièces sont sorties sur la période, contre 16,4 millions en moyenne sur les périodes comparables de 2022 à 2024, dont 11,4 millions de pièces de 5 DH, la coupure la plus demandée. Les sorties de pièces de 1 DH ont bondi de 85 %, à 5,6 millions, celles de pièces de 10 DH de 74 %, à 11,6 millions. Les versements de billets de banque étrangers ont atteint une contrevaleur de 10,1 milliards de dirhams, après une moyenne de 6,8 milliards en 2023 et 2024, sans dépasser le pic de 2022.

Sur l’ensemble de l’année, ces versements de devises en billets ont totalisé 88,8 milliards de dirhams, contre 74,1 milliards en 2024, au-delà du précédent record de 85,7 milliards établi en 2022. Le second semestre y a contribué à hauteur de 61 milliards, contre 45,1 milliards un an auparavant. L’euro concentre 91 % de ces versements, contre 89 % en 2024, soit une contrevaleur estimée à 80,8 milliards, loin devant le dollar (2,9 %) et la livre sterling (2,6 %).

La géographie des flux révèle des écarts marqués. À Casablanca-Settat, les retraits nets ont plus que quadruplé pour atteindre 14,9 milliards de dirhams, sous l’effet d’une hausse des sorties de 50,9 à 64,2 milliards. Marrakech-Safi les voit presque tripler, à 12,8 milliards, du fait d’un double mouvement de sorties en hausse et de versements en baisse. Rabat-Salé-Kénitra conserve la première place, avec un écart de 18,9 milliards entre sorties et versements, contre 12 milliards un an plus tôt. L’Oriental passe de 2,2 à 5,9 milliards, Souss-Massa de 6,3 à 8,9 milliards, tandis que Fès-Meknès bascule de versements nets de 0,5 milliard à des retraits nets de 3,4 milliards. À Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, les versements nets se réduisent de 4,4 à 2,2 milliards. Seule Béni Mellal-Khénifra fait exception, avec des retraits nets ramenés de 4,1 à 1,9 milliard. Les versements du Trésor, eux, ont atteint 15,1 milliards de dirhams contre 12,9 milliards, dans toutes les régions, alors que ses retraits sont restés inférieurs à 0,2 milliard.

Pour faire face à cette demande, Bank Al-Maghrib et les centres privés de traitement ont mis à la disposition des banques 4,3 milliards de billets, contre 4,1 milliards en 2024. Le volume de billets recyclés est passé de 3,4 à 3,5 milliards, et les sorties de billets neufs ont atteint près de 800 millions de coupures, contre 650 millions. Les billets de 200 DH représentent la moitié des volumes servis, soit 2,1 milliards de coupures, devant ceux de 100 DH (45 %, soit 1,9 milliard), de 20 DH (3 %, soit 143 millions) et de 50 DH (2 %, soit 92 millions). Les retraits de pièces, à 229 millions, reculent de 19 %, et ont été couverts à 57 % par des pièces recyclées, le solde étant constitué de 99 millions de pièces neuves, la pièce de 1 DH occupant 33 % des volumes servis.

L’entretien de la qualité des billets a porté sur 4,7 milliards de coupures (+2 %), dont 388 millions de billets non valides détruits. Les centres privés de traitement en assurent 86 %, soit environ 4 milliards de billets, pour un taux de recyclage de 77 %, contre 79 % en 2024 : 84 % pour le billet de 200 DH, 76 % pour celui de 100 DH, mais seulement 34 % et 23 % pour les coupures de 50 et de 20 DH. La contrefaçon poursuit son recul, avec 4 064 faux billets détectés, d’une valeur de 574 000 dirhams, soit 10 % de moins en nombre comme en valeur. Le ratio s’établit à 1,2 faux billet par million de billets en circulation, contre 1,5 en 2024 et 5,2 en 2019. La photocopie et l’impression en couleur sont à l’origine de 97 % des falsifications, contre 90 % en 2024, et la coupure de 200 DH concentre 56 % des faux billets. La série 2023 voit son ratio passer de 0,5 à 1 faux billet par million.

Bank Al-Maghrib se garde de lire le niveau de l’encours comme le seul miroir de l’usage transactionnel du cash : le stock de billets intègre aussi des comportements de thésaurisation et de précaution, rappelle-t-elle, d’où la nécessité de mobiliser un faisceau d’indicateurs allant des retraits d’espèces aux paiements marchands, en passant par l’usage effectif des comptes et des portefeuilles électroniques. Dans son mot introductif, le Wali souligne que la hausse simultanée des paiements électroniques et de la monnaie fiduciaire montre que le développement des solutions numériques ne se traduit pas systématiquement par un recul du cash.

Les statistiques de la monétique illustrent cette coexistence. Les paiements par carte ont atteint 230,1 millions d’opérations (+20 %), dans un ensemble de 718 millions d’opérations scripturales (+15 %). Pourtant, les retraits d’espèces continuent de représenter l’essentiel de l’activité des cartes bancaires : 450 millions d’opérations (+12 %) pour 460 milliards de dirhams (+14 %), soit 66 % des opérations et 87 % de la valeur. Dans le circuit intra-bancaire, près de 73 % des chèques échangés en nombre sont des chèques remis en contrepartie d’un retrait d’espèces au guichet.

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Source : Hespress

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Par Veille Infos Casa

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