Accès au marché, partenaires industriels, souplesse du régime d’importation : l’agence allemande GTAI place le Royaume devant l’Algérie et la Tunisie, que les laboratoires de son pays veuillent vendre, fabriquer sur place ou approvisionner d’autres marchés africains.
Vendre des médicaments finis, les fabriquer pour le marché local ou produire pour d’autres pays africains : les options des laboratoires allemands ne sont pas les mêmes à Rabat, Alger ou Tunis. Dans une analyse récente, Germany Trade & Invest (GTAI), l’agence fédérale allemande de promotion du commerce extérieur et des investissements, donne l’avantage au Royaume. Signée de ses correspondants à Tunis et à Casablanca, Verena Matschoß et Ullrich Umann, l’étude y voit le terrain d’accueil le plus propice des trois pays, doté de l’appareil industriel et logistique le plus solide pour servir le reste du continent.
GTAI avance trois atouts : des fabricants locaux capables de produire sous licence ou à façon, des circuits de distribution structurés et un régime d’importation plus souple qu’en Algérie, moins exposé aux impayés qu’en Tunisie. Ces points forts valent surtout pour l’exportation de médicaments finis et pour la fabrication destinée au marché intérieur, avec la possibilité de réexporter depuis une usine installée dans le pays. Le choix du site reste toutefois dicté par la nature des médicaments, les coûts industriels, les autorisations et les pays de destination.
Le marché pèse 25,9 milliards de dirhams (environ 2,4 milliards d’euros) en 2024, selon des données du Conseil de la concurrence citées par l’agence. Il demeure largement alimenté de l’extérieur : 10,6 milliards de dirhams d’importations contre 1,6 milliard d’exportations, soit un déficit de neuf milliards. Le pays compte 56 établissements industriels, 66 grossistes et plus de 14.000 pharmacies, un maillage qui permet aux laboratoires étrangers de s’adosser à des acteurs en place avant d’envisager leurs propres usines. Sothema, Cooper Pharma et Maphar figurent parmi les partenaires possibles.
L’Allemagne y est déjà bien placée. Elle était en 2024 le premier fournisseur du Royaume pour les produits du chapitre 30 de la nomenclature douanière, avec près de 18 % des importations, grâce aux vaccins et aux produits sanguins, la France gardant la tête pour les médicaments finis. La demande bénéficie de l’élargissement de l’assurance maladie, mais les prix réglementés et le poids des génériques limitent les marges. Toute importation passe en outre par un établissement pharmaceutique industriel agréé et par l’aval de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé.
L’Algérie suit une logique inverse, celle de la substitution aux importations. Avec 233 établissements de production, dont 138 fabricants de médicaments, elle couvrait 83 % de ses besoins en février 2026, d’après l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. L’importation d’un produit déjà fabriqué localement y est restreinte, et les opérateurs doivent obtenir agrément, enregistrement et approbation d’un programme d’importation. Depuis fin avril, le dépôt de nouvelles demandes d’agrément est suspendu, une mesure encore en vigueur fin septembre à la connaissance de GTAI. Médicaments innovants, produits complexes, principes actifs et transferts de technologie y conservent des débouchés, mais une implantation industrielle ou un partenaire local s’impose souvent.
La Tunisie compte une quarantaine d’usines, qui couvrent environ 80 % des besoins en volume et 60 % en valeur, surtout grâce aux génériques. Ses fabricants exportent près de 18 % de leur production vers 35 pays, selon l’Agence de promotion de l’investissement extérieur. Le risque tient aux paiements : la Pharmacie centrale de Tunisie, pivot des importations, règle avec douze à treize mois de retard. GTAI cite en exemple l’accord conclu en février 2026 entre Sanofi et le groupe Kilani, qui confie à Teriak la fabrication locale d’une partie du portefeuille du laboratoire français et à Medicis certaines activités de visite médicale et de commercialisation.
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Source : Hespress
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