Le net redressement des réserves des barrages marocains alimente l’optimisme autour de la campagne agricole 2026-2027. Au 1er octobre, leur taux de remplissage atteignait 65,51 %, contre 32,68 % un an auparavant, tandis que les réserves d’eau ont plus que doublé.
Le Maroc aborde la nouvelle campagne agricole avec des indicateurs hydriques nettement plus favorables. Les dernières données du ministère de l’Équipement et de l’Eau font état d’un stock de 11,15 milliards de m³ au 1er octobre 2026, contre 5,45 milliards de m³ à la même date l’année précédente, soit une progression de plus de 104 %.
Cette amélioration intervient alors que la campagne agricole 2026-2027 doit officiellement démarrer durant la deuxième moitié d’octobre. Elle nourrit les espoirs des professionnels, notamment concernant une extension des superficies consacrées aux céréales et aux légumineuses ainsi qu’une amélioration des rendements.
Les précipitations et les chutes de neige enregistrées ces derniers mois ont également contribué à renforcer l’optimisme dans les régions particulièrement touchées par les années de sécheresse.
Plus de 5 millions d’hectares envisagés
Selon les données relayées auprès des professionnels du secteur, les superficies consacrées aux céréales et aux légumineuses pourraient passer d’environ 3,9 millions d’hectares lors de la précédente campagne à plus de 5 millions d’hectares en 2026-2027.
Cette progression potentielle de plus de 28 % s’explique notamment par l’amélioration de l’humidité des sols et le retour de certains agriculteurs à l’exploitation de terres laissées en jachère durant les dernières années.
Ces perspectives interviennent après une campagne précédente marquée par une amélioration de la production céréalière, estimée à environ 90 millions de quintaux selon les estimations relayées par les professionnels.
Une situation hydrique plus favorable, mais inégale
L’amélioration des réserves devrait notamment bénéficier aux périmètres irrigués, qui avaient subi ces dernières années des réductions des dotations en eau et une baisse de la régularité des cycles d’irrigation.
La situation reste toutefois différente d’un bassin hydraulique à l’autre. Au début du mois d’octobre, le taux de remplissage du bassin du Sebou atteignait 77,77 %, tandis que le barrage Al Wahda, le plus grand du Royaume, affichait un taux de 81,26 %.
D’autres bassins présentent cependant des niveaux moins élevés. Les données de fin août faisaient notamment état d’un taux de remplissage de 59,5 % pour le bassin de l’Oum Er-Rbia et de 48,6 % pour celui du Souss-Massa.
Cette disparité rappelle que l’amélioration du stock national ne signifie pas automatiquement une disponibilité identique de l’eau pour toutes les exploitations agricoles.
L’eau disponible ne garantit pas à elle seule les rendements
Jouad Lemrani, ingénieur agronome et conseiller en solutions d’irrigation cité par Hespress, souligne ainsi la nécessité de distinguer l’augmentation du stock global des barrages et l’amélioration effective de l’approvisionnement des exploitations.
La capacité à tirer pleinement profit de la situation dépend notamment des infrastructures de transport et de distribution de l’eau, des besoins des cultures et des priorités retenues dans la répartition de la ressource.
L’amélioration des réserves offre néanmoins davantage de marge pour programmer les dotations d’irrigation, notamment durant les phases sensibles du développement des cultures.
Elle pourrait également contribuer à réduire la pression exercée sur les nappes phréatiques dans les régions qui ont connu un recours accru aux eaux souterraines pendant les années de sécheresse.
Les pluies restent déterminantes pour les cultures pluviales
Pour les cultures dépendant directement des précipitations, la situation météorologique des prochaines semaines demeurera déterminante.
L’objectif de dépasser les cinq millions d’hectares cultivés dépendra notamment des conditions de labour et de semis ainsi que de la capacité des agriculteurs à supporter les coûts de lancement de la campagne.
La disponibilité des semences et des engrais constitue également un enjeu. Plus d’un million de quintaux de semences sélectionnées devraient être mobilisés, tandis que plus de 600.000 tonnes d’engrais phosphatés sont annoncées.
Selon les estimations citées par les professionnels, les prix des semences de blé tendre et d’orge se situent autour de 400 dirhams le quintal, contre 400 à 450 dirhams pour le blé dur.
Le coût des intrants reste un frein
L’amélioration des conditions hydriques ne fait toutefois pas disparaître les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les exploitations, notamment les petites et moyennes.
Semences, engrais, préparation des sols, carburant, mécanisation et main-d’œuvre continuent de peser sur les coûts de production. Ces charges peuvent limiter la capacité de certains agriculteurs à exploiter l’ensemble des superficies disponibles.
Aziz Anzam, ingénieur agronome et consultant cité dans l’article source, rappelle également qu’une augmentation des superficies cultivées ne garantit pas automatiquement une hausse équivalente de la production. Les rendements dépendent de plusieurs facteurs : qualité et adaptation des semences, calendrier des semis, fertilisation et régularité des précipitations.
La répartition des pluies dans le temps sera donc aussi importante que leur volume global. Des précipitations régulières au moment de la germination et de la croissance peuvent avoir davantage d’impact sur les cultures que des épisodes de pluies abondantes mais concentrées sur une courte période.
Un espoir également pour l’élevage
L’amélioration des ressources hydriques pourrait par ailleurs favoriser le développement des pâturages naturels et contribuer à réduire la dépendance des éleveurs aux aliments achetés.
Cette évolution intervient alors que le secteur de l’élevage cherche à reconstituer le cheptel national après plusieurs années de sécheresse et de hausse des coûts d’alimentation.
La reprise reste cependant progressive et dépendra de la persistance de conditions favorables. La baisse des coûts d’alimentation sur une seule campagne ne suffirait pas à compenser les difficultés accumulées au cours des dernières années.
Une campagne sous surveillance
La campagne agricole 2026-2027 s’ouvre donc sur des perspectives plus favorables, grâce notamment au net redressement des réserves des barrages et à l’amélioration de l’humidité des sols.
Mais l’issue de la campagne dépendra encore largement de l’évolution des précipitations durant l’automne et l’hiver. La répartition géographique des ressources hydriques, le coût des intrants et la capacité des agriculteurs à financer les opérations de semis resteront également déterminants.
Le niveau des barrages constitue ainsi un signal encourageant pour le secteur agricole, sans pour autant garantir à lui seul les performances de la prochaine campagne.
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Source : Hespress
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