Le président du Conseil de la concurrence propose que les pouvoirs publics indiquent le niveau de remboursement, que les médecins fixent librement leurs honoraires, et que des indicateurs de qualité soient publiés sur les cliniques.
La question des honoraires médicaux et du coût des soins privés revient au cœur du débat sur la réforme du système de santé au Maroc. Pour Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, le système actuel est trop rigide. Il propose de séparer le montant remboursé du montant facturé, et de mieux informer les patients sur les prix comme sur la qualité des soins.
Il s’exprimait en réponse à une question de Hespress FR lors d’une conférence de presse organisée en marge de la conférence internationale sur la politique de santé au Maroc organisée ce mercredi 14 octobre à Marrakech par le Conseil de la concurrence.
« Il faut assurer, dire voilà ce que l’État est capable de rembourser », a-t-il expliqué. Dans ce schéma, le patient connaît à l’avance le niveau de prise en charge, puis choisit son praticien.
Une grille tarifaire jugée trop rigide
Selon Ahmed Rahhou, la grille tarifaire a été définie en 2006 et n’a pas changé depuis. Il plaide pour une convention révisée, qu’il juge insuffisante dans son état actuel.
Il estime par ailleurs qu’uniformiser les tarifs n’est pas la bonne réponse. À ses yeux, un système où le médecin le plus expérimenté et celui qui débute facturent le même prix « ne marche pas » et alimente les pratiques informelles. Il juge légitime qu’un grand professeur ne tarifie pas ses services comme un jeune spécialiste.
« Chacun fixe ses tarifs. Certains se contenteront peut-être du tarif conventionnel. D’autres diront : non, moi, je vaux plus cher », a-t-il résumé. Il compte sur la loi de l’offre et de la demande : un praticien dont personne ne franchit la porte, dit-il, finira par s’ajuster. Il s’en remet aussi à l’éthique des médecins et des pharmaciens, qui, selon lui, « n’exagèreront pas », et pense qu’« un équilibre va se trouver ».
Ahmed Rahhou établit un parallèle avec l’enseignement privé. Il rappelle qu’un décret visant à uniformiser les frais de scolarité avait été envisagé et affirme que, lorsqu’on uniformise les prix, « on tire la qualité vers le bas ».
Interrogé sur le risque d’une médecine à deux vitesses, il reconnaît qu’on peut parler d’une clientèle de riches et d’une clientèle de pauvres : « c’est peut-être vrai ». Mais il estime que des règles et des contrats permettent de trouver un équilibre au service de la santé publique.
La qualité des cliniques doit être connues du public
Pour le président du Conseil de la concurrence, la réforme ne peut se limiter aux honoraires. Il déplore que les prix ne soient parfois même pas affichés et que la qualité des cliniques reste inconnue du patient, qui la découvre sur place, parfois « à son détriment ».
Il rappelle que le contrôle des cliniques est une obligation, inscrite dans les textes. Selon lui, il faut rendre publiques des informations simples : le plateau technique est-il à jour, les équipements sont-ils modernes, l’accueil est-il bon, la nourriture aussi, les accompagnateurs sont-ils acceptés.
Conscient que l’État n’a peut-être pas les moyens de tout contrôler lui-même, Ahmed Rahhou évoque une piste inspirée de la fiscalité : de même que les commissaires aux comptes vérifient les comptes des entreprises, l’administration fiscale n’intervenant que de temps en temps, il imagine un corps de contrôleurs payés par les cliniques, mais dont les méthodes seraient garanties par l’État.
C’est, dit-il, l’objectif du Conseil : lorsque le prix est connu et que la qualité ne l’est pas, le patient est pénalisé. « Nous, on veut jouer à la transparence sur les prix et sur la qualité, et laisser le marché faire », a-t-il conclu.
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Source : Hespress
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