mardi 3 novembre 2026
Revue de presse

Éducation : Nabil Benabdallah face à ses promesses électorales pour réformer l’école publique

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale hérite d’un secteur qui compte plus de 8 millions d’élèves et reste confronté à des difficultés structurelles. Le programme du Parti du progrès et…

CasablancaVeille Infos Casa7 min de lecture
Éducation : Nabil Benabdallah face à ses promesses électorales pour réformer l’école publique

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale hérite d’un secteur qui compte plus de 8 millions d’élèves et reste confronté à des difficultés structurelles. Le programme du Parti du progrès et du socialisme (PPS) prévoit 117 milliards de dirhams supplémentaires sur cinq ans, le recrutement de 90.000 enseignants et la limitation des effectifs à 30 élèves par classe. Autant d’engagements dont la traduction concrète constituera l’un des principaux tests du nouveau responsable du secteur.

La nomination de Nabil Benabdallah à la tête du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification le place face à une équation qu’il connaît bien : comment transformer les promesses de réforme de l’école publique en résultats mesurables ? Secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), il avait fait de l’éducation un axe important de son programme électoral, en dénonçant les insuffisances du système et les choix de la précédente équipe gouvernementale.

Le défi est considérable. Plus de 8 millions d’élèves sont concernés par les politiques éducatives, dans un système marqué par les difficultés d’apprentissage, le décrochage scolaire et les inégalités entre les territoires et les catégories sociales. Pour le nouveau ministre, l’enjeu sera de donner une traduction concrète aux engagements défendus par son parti lors des élections du 23 septembre 2026.

Durant la campagne, Benabdallah avait vivement critiqué le bilan du gouvernement précédent, estimant que le chantier de la réforme de l’école publique avait été compromis par ce qu’il qualifiait de « cupidité financière ». Il reprochait aux politiques menées de privilégier des intérêts économiques plutôt que le renforcement du service public d’éducation.

Il avait également jugé que les efforts engagés sous l’ancien ministre, Chakib Benmoussa, s’étaient presque interrompus. Ces déclarations prennent désormais une autre dimension : celui qui dénonçait les insuffisances de la politique éducative est appelé à reprendre le dossier et à apporter des réponses aux problèmes qu’il avait lui-même pointés.

Écoles pionnières : le risque d’un système à deux vitesses

Le programme du PPS accorde une place importante à la qualité des apprentissages et à l’égalité des chances. Le parti reconnaît que les difficultés ne se résument pas au volume des budgets consacrés à l’éducation, mais concernent aussi la capacité à transformer les dépenses publiques en progrès tangibles dans les salles de classe.

Le dispositif des « écoles pionnières » avait notamment fait l’objet de réserves de la part de Benabdallah. S’il en reconnaissait certains aspects positifs, il mettait en garde contre le risque de voir se développer une école publique à deux vitesses, avec des établissements bénéficiant de conditions améliorées tandis que d’autres resteraient à l’écart de ces efforts.

Pour le PPS, la priorité doit être d’étendre la qualité de l’enseignement à l’ensemble des établissements, plutôt que de creuser les écarts au sein même du réseau public.

Le préscolaire constitue un autre volet central de ses propositions. Le parti plaide pour un accès élargi à un enseignement préscolaire de qualité, une amélioration des rémunérations des éducatrices et un soutien financier aux familles défavorisées, avec une aide annoncée de 1.000 dirhams par enfant. La mise en œuvre de cette mesure nécessiterait toutefois de préciser les bénéficiaires, les conditions d’octroi et son financement.

117 milliards de dirhams supplémentaires sur cinq ans

Les engagements électoraux du PPS s’appuient sur un programme financier ambitieux. Le parti propose de mobiliser 117 milliards de dirhams supplémentaires sur cinq ans et de porter la part des dépenses publiques consacrées à l’éducation, à la formation et à l’enseignement supérieur de 6,4 % du PIB en 2026 à 7,7 % en 2031.

Le document électoral indique que le budget du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a atteint 99,2 milliards de dirhams en 2026. Il mentionne également une enveloppe de 116,5 milliards de dirhams liée à l’enseignement supérieur, à la recherche scientifique et à l’innovation. Ces montants doivent être lus selon les périmètres budgétaires retenus par le document, qui ne sont pas nécessairement directement comparables.

Le parti estime que l’importance des moyens engagés n’a pas permis de corriger suffisamment les faiblesses structurelles du système. Il pointe notamment les difficultés d’une partie des élèves à maîtriser la lecture, l’écriture, la compréhension et les mathématiques à la fin du primaire, ainsi que la persistance du décrochage scolaire, particulièrement au collège.

Les disparités territoriales, l’insuffisance des équipements dans certains établissements et les difficultés d’accès aux services scolaires contribuent, selon le diagnostic du PPS, à ces écarts. Les inégalités apparaissent dès les premières années de scolarisation, ce qui place le préscolaire au cœur des priorités affichées par le parti.

© Mounir Mehimdate

90.000 enseignants et 30 élèves maximum par classe

Le programme prévoit de limiter à 30 le nombre d’élèves par classe dans le primaire et le collège. Pour atteindre cet objectif, le PPS propose le recrutement de 18.000 enseignants par an, soit 90.000 sur cinq ans, ainsi que l’équipement de 30.000 salles de classe supplémentaires sur la même période.

Ces engagements impliquent une montée en puissance des capacités de formation et de recrutement, mais aussi des investissements dans les infrastructures. Leur réalisation dépendra du calendrier retenu, des besoins réels par région et par niveau scolaire, ainsi que des ressources financières effectivement mobilisées.

Le parti entend également améliorer l’attractivité du métier d’enseignant, renforcer la formation initiale et continue, développer les cantines et les internats et élargir les dispositifs de soutien social, notamment pour les élèves des zones rurales et des familles à faibles revenus.

Sur le plan pédagogique et administratif, il défend une révision du modèle d’apprentissage, une plus grande autonomie des établissements et une gouvernance fondée sur la responsabilisation. Le programme prévoit aussi un encadrement renforcé de l’enseignement privé, portant notamment sur la qualité des prestations et les tarifs.

Le budget 2027, premier test concret

La réforme de l’école ne se joue pas uniquement dans les annonces de recrutement ou les objectifs budgétaires. Elle dépendra aussi de la capacité à améliorer les apprentissages, à réduire les abandons scolaires et à rapprocher les conditions d’enseignement entre les établissements.

Le lien entre formation et emploi constitue un autre indicateur important. Le document du PPS fait état d’un taux de chômage de 19,1 % parmi les diplômés en 2025, contre 37,2 % chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans. Il mentionne également 1,19 million de personnes en situation de sous-emploi. Ces chiffres soulignent les difficultés d’insertion, sans suffire à établir à eux seuls un lien direct de causalité avec les insuffisances du système éducatif.

La préparation du programme gouvernemental et du projet de loi de finances 2027 offrira un premier aperçu de la place accordée à ces engagements. Les arbitrages budgétaires permettront notamment de vérifier si les objectifs avancés pendant la campagne se traduisent par des crédits, des mesures précises et un calendrier d’exécution.

De retour aux affaires, Nabil Benabdallah devra ainsi passer de la critique des politiques précédentes à la conduite effective de la réforme.

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Source : Hespress

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Par Veille Infos Casa

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