À Rabat, la présidente du Conseil national des droits de l’homme a exhorté, mardi, le gouvernement et le Parlement à inscrire l’abolition de la peine capitale parmi les priorités législatives. Elle a également plaidé pour la ratification du deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Le Maroc doit mettre fin aux hésitations législatives et engager résolument le processus d’abolition de la peine de mort. C’est le message porté, mardi à Rabat, par Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), à l’occasion de la conférence de presse annuelle consacrée à la lutte contre cette sanction.
Devant des défenseurs des droits humains marocains et étrangers, la responsable a appelé le gouvernement et le Parlement à faire de cette question une priorité de leur agenda législatif et à adopter des textes permettant de supprimer définitivement la peine capitale du système pénal national. Elle a insisté sur la nécessité de consacrer pleinement l’article 20 de la Constitution, qui garantit le droit à la vie, et d’accélérer la ratification du deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

« La justice que nous souhaitons tous est celle qui protège la vie, préserve la dignité, empêche la répétition des tragédies et ouvre des perspectives de réforme, de réhabilitation et de prévention, sans jamais mettre à l’épreuve l’humanité de la société, quelles que soient les circonstances », a-t-elle déclaré.
Trente-trois ans sans exécutions
Pour Amina Bouayach, la mobilisation annuelle contre la peine de mort ne se limite pas à renouveler les appels à son abolition. Elle constitue aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru et de mettre en perspective les avancées réalisées.

La présidente du CNDH a notamment souligné que le Maroc comptait désormais trente-trois années depuis la suspension de fait des exécutions. Cette période démontre, selon elle, que le royaume peut assurer la protection de sa population, préserver sa sécurité et sa stabilité et rendre la justice sans recourir à la privation de la vie.
Elle a également mis en avant deux autres acquis : l’inscription du droit à la vie dans la Constitution et la protection de ce droit par la loi, ainsi que le vote historique du Maroc, au sein de la troisième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, en faveur d’une résolution appelant à un moratoire sur le recours à la peine de mort. Ce vote traduit, à ses yeux, l’engagement effectif du pays dans la dynamique internationale en faveur du droit à la vie.

Le Maroc s’apprête par ailleurs à accueillir, à Marrakech, le dixième Congrès mondial contre la peine de mort. Amina Bouayach a salué une initiative à la portée symbolique particulière, puisque le rendez-vous se tiendra pour la première fois dans un pays arabe et sur le continent africain.
Repenser la philosophie de la justice pénale
Au-delà des évolutions législatives et institutionnelles, la présidente du CNDH a appelé à interroger les fondements mêmes de la sanction pénale. Les situations impliquant la peine capitale, a-t-elle estimé, ne doivent pas être abordées comme un choix entre l’auteur d’un crime et sa victime, mais comme une occasion de questionner la philosophie de la justice et la manière dont la société répond aux actes criminels.
« Cet acte et cette sanction mettent à l’épreuve l’humanité de la société et sa conception de la lutte contre la violence et de son rejet, tant sur le plan juridique que social », a-t-elle affirmé.

Dans cette perspective, elle a évoqué les grâces royales accordées à 240 personnes sur une période de vingt-cinq ans, dont près de 185 au cours des dernières années. Elle y voit une manifestation de la volonté de préserver l’humanité de la société marocaine et de consacrer le principe constitutionnel du droit à la vie.
La Journée mondiale contre la peine de mort invite ainsi, selon Amina Bouayach, à replacer l’être humain au centre du débat, à la fois comme individu et comme valeur. Ses souffrances, ses espoirs et la complexité de son parcours doivent être pris en compte avant le crime et la sanction.

« L’être humain est celui qui tue, celui qui perd un proche, celui qui porte dans son corps et sa mémoire les traces du crime. Il est aussi la victime et sa famille endeuillée, le condamné et sa famille meurtrie, ainsi que l’ensemble de la société, qui cherche, à travers la justice, un sens à l’équité, à la réparation des préjudices et à la mise en place de solutions préventives et inclusives pour empêcher que le passé ne se répète », a conclu la présidente du CNDH.
La conférence de presse a été organisée par le Conseil national des droits de l’homme, la Coalition marocaine pour l’abolition de la peine de mort et l’Observatoire marocain des prisons, en collaboration avec les réseaux nationaux œuvrant pour l’abolition de la peine capitale.
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Source : Hespress
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