mardi 3 novembre 2026
Revue de presse

Algérie : l'affaire de l'arrestation de 61 Marocains au cœur d’un récit sécuritaire controversé

L’annonce par les autorités algériennes, dimanche 11 octobre, du démantèlement d’un « réseau criminel international » composé de 61 ressortissants marocains, accusés d’avoir préparé des actes portant atteinte à la…

CasablancaVeille Infos Casa7 min de lecture
Algérie : l'affaire de l'arrestation de 61 Marocains au cœur d’un récit sécuritaire controversé

L’annonce par les autorités algériennes, dimanche 11 octobre, du démantèlement d’un « réseau criminel international » composé de 61 ressortissants marocains, accusés d’avoir préparé des actes portant atteinte à la sécurité publique, révèle, selon plusieurs observateurs, une dépendance structurelle avancée du régime algérien à l’égard du dossier marocain. Le pouvoir algérien recourrait aux récits sécuritaires chaque fois que la pression intérieure s’accentue ou que le palais d’El Mouradia essuie des revers dans des dossiers et des affaires qu’il considère comme stratégiques.

La télévision algérienne, citant la Direction générale de la Sûreté nationale, a indiqué que « les premières investigations ont révélé que les membres de ce réseau criminel organisé, considéré comme particulièrement dangereux, planifiaient des actes de sabotage ». Elle a affirmé que les services de la police judiciaire de la wilaya d’Oran étaient parvenus, au début du mois d’octobre, à déjouer ce prétendu projet criminel et à arrêter 61 Marocains, dont un ancien militaire de l’armée marocaine.

Selon la même source, les suspects seraient entrés sur le territoire algérien après avoir atterri à l’aéroport international de Tunis-Carthage. Ils auraient ensuite emprunté des itinéraires montagneux difficiles d’accès et des passages forestiers isolés dans la région d’El Kala, dans la wilaya d’El Tarf, à proximité de la frontière tunisienne, avant de poursuivre leur route par voie terrestre jusqu’à la wilaya d’Oran, dans le but de mettre à exécution leurs prétendus projets de sabotage.

La même source a précisé que « cette opération, menée sous la supervision du parquet compétent, a également permis la saisie et la récupération de passeports marocains ainsi que de sommes d’argent en dirhams marocains et en euros ». Les suspects ont ensuite été présentés au procureur de la République près le pôle pénal spécialisé d’Oran.

Ce récit officiel algérien s’inscrit dans la continuité d’autres accusations ayant précédemment associé le Maroc aux incendies en Kabylie et aux affaires de trafic de drogue dans le pays. Toutefois, l’examen des dimensions géographiques et logistiques de cette dernière version fait apparaître, selon l’analyse présentée, des contradictions avec la réalité du terrain.

Les autorités algériennes évoquent en effet un itinéraire complexe, depuis l’aéroport de Tunis-Carthage jusqu’à la frontière tuniso-algérienne, réputée pour son dispositif de sécurité renforcé, en passant par le poste d’El Kala, avant de rejoindre Oran, à l’extrême ouest du pays. Si ce scénario était avéré, il soulèverait des questions sur l’efficacité du système sécuritaire algérien, puisqu’il supposerait une défaillance généralisée des dispositifs de renseignement, de surveillance et des nombreux barrages de sécurité déployés le long des routes algériennes.

Au-delà de la répétition des accusations visant le Maroc et les Marocains, désormais récurrentes dans les discours politiques et médiatiques en Algérie, la présentation médiatique des éléments prétendument à charge révèle, selon cette analyse, des faiblesses structurelles dans l’argumentaire des autorités.

Des sommes en dirhams marocains ou en euros, des passeports officiels et des téléphones portables sont ainsi présentés comme de « graves preuves liées à la sécurité », alors qu’il s’agit d’effets personnels ordinaires que tout voyageur ou touriste est susceptible de posséder. Cette présentation traduirait une tentative manifeste de donner une connotation criminelle à des éléments relevant de la vie quotidienne.

À travers la diffusion de ces mises en scène et de ces récits sécuritaires contestés, le régime algérien chercherait à détourner vers l’extérieur la colère populaire provoquée par ses politiques, afin de justifier les difficultés économiques et de légitimer le renforcement de son emprise sécuritaire sur le pays.

Il s’agirait ainsi de mettre en œuvre un mécanisme psychologique et politique consistant à fabriquer une menace supposée pour orienter l’opinion publique vers un danger présenté comme imminent, favoriser la cohésion intérieure et reporter indéfiniment les revendications légitimes de la population en matière de conditions de vie, de changement et de développement.

Interrogé sur cette affaire, Chawki Benzehra, militant politique algérien d’opposition, a déclaré que « l’annonce du démantèlement d’un réseau composé de 61 Marocains s’inscrit dans un scénario que le régime algérien met en œuvre depuis un certain temps, dans le cadre d’une stratégie destinée à masquer l’accumulation des crises ».

Il estime que les contours de ce récit étaient déjà apparus dans des déclarations antérieures du président Abdelmadjid Tebboune, qui avait affirmé que certaines parties cherchaient à empêcher l’Algérie d’atteindre l’année 2027. Il évoque également les accusations formulées lors des précédentes élections, selon lesquelles des ressortissants marocains auraient été arrêtés pour avoir tenté de perturber le processus électoral en Algérie, ainsi que la décision d’imposer des visas aux Marocains et les accusations portées contre des citoyens marocains.

Dans une déclaration au journal électronique Hespress, Benzehra a ajouté que « l’exagération du nombre de personnes arrêtées vise essentiellement à provoquer les autorités marocaines et à les pousser à réagir officiellement, ce qui permettrait d’alimenter la communication médiatique et politique autour de la version officielle ». Il a souligné que « le récit des autorités algériennes comporte des incohérences logiques et souffre d’une mise en scène défaillante qui affaiblit sa crédibilité ».

Le militant politique algérien d’opposition a également expliqué que la remise en avant de ces dossiers à ce moment précis coïncidait avec une montée des tensions sociales à l’intérieur du pays et une crise sociale aiguë, alimentée par la hausse des prix et la pénurie de produits de première nécessité. Cette séquence intervient également, selon lui, dans un contexte de difficultés diplomatiques algériennes sur la question du Sahara, à l’approche de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies.

Il estime que cette situation se reflète notamment dans la mise à l’écart d’Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, de la scène publique depuis près d’un an, ainsi que dans la rareté de ses interventions médiatiques.

Benzehra a enfin souligné que « l’ensemble de ces facteurs pousse le régime, comme à son habitude, à utiliser le Maroc comme une soupape de décompression chaque fois que les crises s’accumulent, tant sur le plan intérieur qu’extérieur ».

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Source : Hespress

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Par Veille Infos Casa

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