Alors que la Cheffe du gouvernement désignée poursuit les consultations pour la formation de son équipe gouvernementale, la question n’est plus seulement de savoir qui entrera au gouvernement, mais ce que l’Exécutif sera capable de produire. Dans un contexte de défis internes lourds et de contraintes extérieures croissantes, la compétence et la méthode de travail pèseront autant que la solidité de la majorité.
Les étapes se sont enchaînées en trois semaines. Quelques jours après les législatives du 23 septembre, remportées par le PAM avec 97 sièges sur 395, le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement. Elle est la première femme à occuper cette fonction. Faute de majorité absolue à la Chambre des représentants, son parti devait bâtir une coalition. Le 12 octobre, le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS ont annoncé un accord pour constituer la majorité, au terme de deux rounds de consultations.
Le 14 octobre, la Cheffe du gouvernement a été reçue au Palais Royal à Rabat, où elle a présenté au Souverain les étapes franchies dans la formation de l’Exécutif. Selon le communiqué du Cabinet royal, le Roi lui a souhaité plein succès et souligné que la prochaine étape exige « une mobilisation globale et une action gouvernementale sérieuse et responsable », à la hauteur des enjeux, des défis et des attentes.
Reste l’étape la plus sensible, celle de la répartition des portefeuilles. C’est elle qui dira si le futur gouvernement sera d’abord le reflet des rapports de force entre les partis de la coalition, ou s’il sera construit autour des priorités du pays. Sur ce point, des analystes de la vie politique ont déjà commencé à poser leurs exigences.
De la logique d’équilibres à la culture du résultat
Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel et directeur du Centre nord-africain d’études, de recherches et d’évaluation des politiques publiques, estime, dans une lecture livrée à Hespress FR, que le Cabinet El Mansouri devrait s’affirmer comme un gouvernement d’efficacité et de résultats, plutôt que comme un simple Exécutif d’équilibres et de compromis partisans.
Il juge que le contexte, marqué par des défis internes majeurs et des contraintes extérieures grandissantes, impose de dépasser la logique des arrangements dans la répartition des portefeuilles. Il plaide pour une approche fondée sur la compétence, l’expertise et la capacité de gestion et d’exécution, sans que les impératifs de représentativité politique inhérents à toute coalition soient pour autant négligés.
Le politologue souligne qu’une expérience gouvernementale ne se juge pas seulement à la cohésion de ses composantes ou à la solidité de son soutien parlementaire. Elle se mesure aussi à sa faculté de mobiliser des profils, politiques comme gestionnaires, dotés d’une vision stratégique, d’une maîtrise des politiques sectorielles et d’une réelle aptitude à la décision. L’enjeu, selon lui, est de faire de la composition gouvernementale le reflet des priorités nationales, et non la simple traduction des rapports de force entre les partis de la majorité.
Lazrak relève toutefois que le passage d’un gouvernement de compromis à un gouvernement de performance ne saurait se limiter au choix des ministres. Il suppose, à ses yeux, une transformation profonde de la méthode de gouvernance : une unité de pilotage politique, une coordination renforcée entre les départements ministériels et une responsabilisation fondée sur des objectifs précis et des indicateurs mesurables, permettant l’évaluation et la reddition des comptes.
Il observe que l’emploi, la justice sociale et territoriale, l’amélioration des services publics et les grandes échéances stratégiques du Royaume exigent de dépasser les approches sectorielles fragmentées. Il appelle à une action gouvernementale intégrée et cohérente. Dans cette perspective, il considère que la pluralité partisane de la majorité ne devrait pas se traduire par une multiplication des centres de décision ni par une concurrence entre les priorités. Elle devrait au contraire enrichir les choix publics, dans le cadre de la solidarité et de la responsabilité collectives.
Le politologue en conclut que le véritable test du gouvernement El Mansouri ne résidera pas dans sa capacité à préserver les équilibres issus des négociations de formation, mais dans son aptitude à les transformer en une force d’action publique, capable de produire des résultats tangibles pour les citoyens et de renforcer la confiance dans les institutions.
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Source : Hespress
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