Lors de la discussion du programme gouvernemental à la Chambre des conseillers, mercredi, les représentants syndicaux ont exprimé des appréciations contrastées. Si l’Union marocaine du travail et l’Union générale des travailleurs du Maroc ont salué plusieurs engagements sociaux, notamment en matière de protection sociale, de pouvoir d’achat et de lutte contre la corruption, la Confédération démocratique du travail a dénoncé le manque de calendrier précis pour leur mise en œuvre et l’absence de garanties concernant les salaires et les retraites.
La discussion du programme gouvernemental présenté lundi par la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a permis aux organisations syndicales représentées à la Chambre des conseillers de détailler leurs attentes et leurs réserves. Les interventions ont porté sur les salaires, la hausse du coût de la vie, l’emploi, la protection sociale, les retraites et la préservation des services publics.
Les syndicats ont également insisté sur la nécessité de traduire les engagements annoncés en mesures concrètes, tout en divergeant dans leur appréciation du programme et de sa capacité à répondre aux attentes des travailleurs.
L’UMT salue les engagements sociaux, mais réclame leur mise en œuvre
L’Union marocaine du travail (UMT) a estimé que le programme gouvernemental comporte plusieurs engagements et mesures susceptibles de répondre aux principales préoccupations sociales et aux priorités nationales. La centrale a notamment cité la généralisation de la protection sociale, la lutte contre la corruption, la réforme des retraites selon des modalités équitables pour les salariés, l’emploi des jeunes ainsi que l’amélioration de l’éducation et de la santé.
Le syndicat a également relevé les enjeux liés à la croissance économique et à la souveraineté hydrique, énergétique et alimentaire.
Intervenant au nom du groupe de l’UMT à la Chambre des conseillers, son président, Nourredine Selik, a toutefois insisté sur les attentes des travailleurs et de la population face à la cherté de la vie. Il a appelé à mettre en place des mécanismes permettant de limiter les pratiques spéculatives qui pèsent sur le pouvoir d’achat.
La centrale a également réclamé une augmentation générale des salaires et une amélioration des revenus. Elle a accueilli favorablement l’engagement gouvernemental relatif à la réduction de l’impôt sur le revenu et les salaires, tout en demandant une mise en œuvre rapide de cette mesure.

Liberté syndicale et révision de la loi sur la grève
L’UMT a demandé au gouvernement de garantir le respect des droits légaux des salariés, l’exercice des libertés syndicales et la tenue de négociations collectives.
Nourredine Selik a appelé à mettre fin aux restrictions visant l’action syndicale ainsi qu’aux licenciements et aux discriminations liés à l’appartenance ou à l’activité syndicale.
Il a également contesté la loi organique relative à la grève, adoptée sous le précédent gouvernement. Selon lui, ce texte a été adopté en l’absence d’un véritable dialogue social débouchant sur des accords et au détriment des intérêts des travailleurs et des libertés syndicales.
Le responsable syndical a ainsi demandé la suspension de l’application de cette loi et l’ouverture de négociations réelles en vue d’élaborer un texte équilibré, accepté par les différentes parties.
L’emploi et les conditions de travail au cœur des revendications
Sur le marché du travail, l’UMT a appelé à une politique de l’emploi garantissant des conditions de travail décentes et permettant de réduire la précarité.
Le syndicat a particulièrement dénoncé les conditions d’emploi dans le secteur de la sous-traitance, notamment dans les activités de gardiennage et de nettoyage. Selon Selik, une grande partie de ces activités ne respecte même pas les exigences minimales sur les plans juridique, social et éthique.
La centrale a également plaidé pour une stratégie nationale destinée à enrayer la progression du chômage, qui touche notamment les jeunes diplômés disposant d’une expérience professionnelle. Elle estime que la formation professionnelle peut jouer un rôle important dans la réponse à cette situation.
Pour l’UMT, la notion d’État social repose aussi sur la préservation et le renforcement des services publics. Nourredine Selik a particulièrement insisté sur l’éducation et la santé publiques, considérant que ces secteurs ne doivent pas être soumis à une logique de marchandisation et de recherche du profit.
L’UGTM salue les priorités annoncées par le gouvernement
De son côté, l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), affiliée au Parti de l’Istiqlal, a salué les priorités définies dans le programme gouvernemental. Selon cette organisation, elles répondent à plusieurs préoccupations exprimées par les citoyens et traduisent une prise de conscience de la nécessité d’améliorer concrètement leurs conditions de vie.
Abdellatif Moustakim, président du groupe parlementaire de l’UGTM à la Chambre des conseillers, a notamment mis en avant les engagements relatifs à la lutte contre la corruption, les pratiques de rente et les dysfonctionnements dans la gestion de la vie publique. Leur mise en œuvre pourrait, selon lui, contribuer à restaurer la confiance dans les institutions élues.
Il a également salué les mesures annoncées en faveur de la protection du pouvoir d’achat et de la consolidation de l’État social, appelant à leur activation dans les meilleurs délais et à une mobilisation collective autour de ces objectifs.
L’UGTM a par ailleurs relevé que le programme identifie le logement, le transport et la cherté de la vie parmi les facteurs économiques contribuant à la fragilité des ménages.
Parmi les mesures mises en avant figure le soutien financier aux jeunes qui souhaitent se marier, pour un montant pouvant atteindre 5.000 dirhams.
Le syndicat a aussi cité les engagements relatifs à la révision du Code du travail, à l’institutionnalisation du dialogue sectoriel dans l’éducation et à la réforme des retraites dans le cadre du dialogue social. Il a enfin salué la perspective d’un « pacte pour le travail décent » et la volonté annoncée de mettre en place une politique publique favorisant la participation citoyenne des Marocains résidant à l’étranger et le maintien de leurs liens avec leur identité nationale.
La CDT dénonce des engagements sans calendrier précis
La Confédération démocratique du travail (CDT) a adopté une position plus critique. Son groupe à la Chambre des conseillers a estimé que plusieurs engagements sociaux restent formulés de manière générale, sans échéances claires, ou sont reportés à la fin du mandat gouvernemental.
La centrale a notamment relevé un contraste entre le manque de précision des engagements sociaux et la définition d’objectifs chiffrés en matière de déficit budgétaire et d’endettement.
Elle a également demandé des éclaircissements sur la répartition des bénéfices attendus de la croissance économique. Selon la CDT, le recours à l’investissement et au secteur privé doit s’accompagner de garanties permettant aux salariés et aux catégories populaires de bénéficier des fruits de cette croissance.
Autre réserve majeure : l’absence, dans le programme selon la centrale, d’un engagement explicite en faveur d’une augmentation générale des salaires et des pensions de retraite, alors que les mesures précédentes n’auraient pas compensé l’érosion du pouvoir d’achat.
La CDT a ainsi plaidé pour une réforme fiscale globale qui allège la charge pesant sur les salariés aux revenus faibles et moyens, tout en garantissant une contribution équitable des grandes entreprises bénéficiaires et des détenteurs de patrimoine important.
Elle a également appelé à combattre les monopoles et les dysfonctionnements des marchés afin de protéger le pouvoir d’achat.
Retraites et protection sociale : la CDT pose ses conditions
Au nom du groupe de la CDT, son coordinateur, Lahcen Nazhi, a rappelé que la protection du revenu des ménages doit aller de pair avec la garantie des droits sociaux et la réduction des dépenses supportées par les familles pour la santé et l’éducation.
Il a estimé que la généralisation de la protection sociale doit être évaluée à partir de l’accès effectif et continu aux droits, conformément aux normes internationales, notamment à la convention n° 102.
Pour le syndicat, cet objectif nécessite un financement solidaire et durable, le renforcement des services publics de santé et d’éducation, ainsi que des réponses aux déficits de personnel et d’équipements. La centrale a également demandé une amélioration des conditions matérielles et professionnelles des travailleurs et une réduction des inégalités sociales et territoriales.
Concernant les retraites, la CDT a réitéré son opposition à toute réforme qui se ferait au détriment des revenus, de l’âge de départ à la retraite, des pensions ou des droits acquis des salariés.
Elle a appelé le gouvernement à construire une réforme équitable à travers de véritables négociations avec les syndicats. L’objectif, selon elle, doit être d’assurer la viabilité des régimes tout en améliorant les pensions et en préservant les droits des affiliés.
La centrale a enfin souligné que la pérennité des caisses de retraite dépend également de l’élargissement de la base des emplois stables et déclarés.

La SAMIR et la sécurité énergétique relancent le débat
La CDT a également soulevé la question de la relance de la société de raffinage SAMIR. Elle a exprimé son étonnement face à l’absence de réponse sur ce dossier dans le programme gouvernemental, alors que celui-ci évoque la sécurité énergétique ainsi que l’importance du raffinage et du stockage national.
Cette interrogation s’inscrit dans les préoccupations de la centrale concernant les prix, la protection du pouvoir d’achat et la capacité du pays à garantir son approvisionnement énergétique.
Sur l’emploi, la CDT a demandé que la politique publique privilégie la création de postes permanents, assortis de salaires équitables et d’une couverture sociale effective. Elle a également plaidé pour que l’octroi des aides publiques et des marchés publics soit lié au respect du Code du travail et aux obligations de déclaration sociale.
Le dialogue social au centre des attentes syndicales
Enfin, la CDT a critiqué la formulation retenue dans le programme gouvernemental concernant les relations avec les partenaires sociaux. Elle a relevé que les syndicats n’y sont pas explicitement mentionnés, le document privilégiant les notions d’ouverture et de concertation avec les partenaires sociaux.
Pour Lahcen Nazhi, cette approche risque de réduire le dialogue social à une simple consultation, au lieu d’en faire un véritable processus de négociation débouchant sur des engagements.
Les prises de position des trois organisations font ainsi apparaître des appréciations différentes du programme gouvernemental. L’UMT met l’accent sur les engagements sociaux tout en réclamant leur application rapide, l’UGTM salue les priorités annoncées et la CDT insiste sur les lacunes qu’elle identifie en matière de calendrier, de salaires, de retraites et de dialogue social.
Le point commun de ces interventions réside dans l’attente de mesures concrètes : amélioration des revenus, protection du pouvoir d’achat, accès effectif aux services publics et garanties pour les droits des travailleurs.
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Source : Hespress
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