Lors de la discussion du programme gouvernemental présenté par Fatima Ezzahra El Mansouri, des voix de l’opposition à la Chambre des conseillers ont dénoncé le manque de précision de plusieurs engagements. En ce sens, Younes Mellal du Groupe Haraki, a placé la protection sociale au cœur de son intervention.
Il a ainsi appelé le gouvernement à ne pas s’appuyer exclusivement sur des indicateurs et des algorithmes pour déterminer les bénéficiaires des aides, plaidant pour un mécanisme capable de prendre en compte les situations sociales et humaines que les données chiffrées ne reflètent pas toujours fidèlement.
Mellal a également critiqué le calendrier du relèvement de l’aide sociale directe de 500 à 1.000 dirhams sur cinq ans, s’interrogeant sur la portée d’une augmentation annuelle de seulement 100 dirhams. Il a demandé des clarifications sur les engagements destinés à améliorer les conditions de vie des catégories les plus vulnérables.
Le conseiller a par ailleurs évoqué la situation d’environ quatre millions de Marocains qui, selon les chiffres avancés lors de son intervention, auraient été exclus de la couverture médicale. Il a appelé à trouver des solutions permettant notamment aux travailleurs du secteur informel d’accéder à une protection sanitaire.
Santé : manque de moyens et contrôle du secteur privé
Sur le plan sanitaire, le groupe Haraki a demandé une augmentation du budget du secteur, ainsi qu’une réponse au déficit de personnel et d’équipements. Younes Mellal a appelé le gouvernement et le ministre de tutelle à effectuer des visites de terrain dans les villes et les provinces et à ouvrir le dialogue avec les professionnels de santé.
Il a notamment cité la situation de l’hôpital provincial de Meknès, qu’il a décrit comme dépourvu, selon lui, des conditions, des moyens et des ressources humaines minimales nécessaires à la fourniture de soins dignes.
Le conseiller a également réclamé un contrôle plus strict du secteur privé de la santé. Il a dénoncé des pratiques consistant, selon lui, à demander à certains patients de fournir des chèques ou de payer des montants non annoncés avant leur admission dans des cliniques. Il a appelé l’État à intervenir pour mettre fin à ces pratiques.
Ces déclarations mettent en avant deux préoccupations distinctes : l’amélioration des moyens du service public hospitalier et le renforcement du contrôle des établissements privés, notamment en matière de facturation et de conditions d’accès aux soins.

Éducation : évaluer les écoles pionnières et revoir les conditions d’accès au métier d’enseignant
L’enseignement a constitué un autre volet important de l’intervention de Younes Mellal. Celui-ci a estimé que le programme gouvernemental ne présentait pas une vision suffisamment complète du développement du système éducatif pour les cinq prochaines années.
Il a appelé à évaluer l’expérience des écoles pionnières et à identifier les insuffisances avant d’envisager son extension. Il a également plaidé pour une amélioration du classement du Maroc dans les indicateurs nationaux et internationaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur.
Le conseiller a, en outre, demandé une révision de la limite d’âge de 30 ans imposée pour accéder au métier d’enseignant. Selon lui, cette condition prive le système éducatif de jeunes candidats susceptibles de contribuer à la réforme du secteur.
La question du coût de l’enseignement privé a également été soulevée. Mellal a appelé à rechercher des mécanismes permettant d’alléger la charge financière supportée par les familles, en particulier celles appartenant à la classe moyenne, dont une partie se tourne vers le privé.
Retraites et emploi… des échéances précises
Sur l’emploi, Younes Mellal a regretté l’absence, selon lui, d’une stratégie clairement définie et assortie d’un calendrier pour atteindre l’objectif d’un million d’emplois. Il a demandé au gouvernement de préciser le nombre de postes qu’il compte effectivement créer au cours de son mandat.
Il a également alerté sur la situation de millions de jeunes qui restent éloignés des systèmes d’éducation et d’emploi. Il a appelé à mettre en place des programmes adaptés à leurs conditions et à leurs attentes, et à renforcer le dialogue avec cette catégorie de la population.
Le dossier des retraites a également été abordé. Mellal a demandé des précisions sur la réforme des régimes existants et sur le relèvement du minimum des pensions, estimant que le report des réformes structurelles des caisses de retraite ne pouvait se prolonger indéfiniment.
Prix, carburants et intermédiaires : la question du partage de la valeur
La protection du pouvoir d’achat a occupé une place importante dans le discours du conseiller du groupe Haraki. Younes Mellal a appelé à revoir les circuits de production et de distribution afin que les petits producteurs puissent bénéficier d’une part plus importante de la valeur créée, tout en limitant les marges réalisées par les intermédiaires.
Il a également demandé la création d’une commission d’enquête sur les dysfonctionnements éventuels de certains programmes de soutien. L’objectif, selon lui, serait de vérifier l’utilisation des fonds publics et d’établir les responsabilités lorsque des irrégularités sont constatées.
Les prix des carburants ont aussi été évoqués. Mellal a appelé à ouvrir le débat sur un éventuel plafonnement des marges bénéficiaires et sur la révision de la fiscalité applicable aux produits pétroliers. Il a soulevé la question des stocks stratégiques et de la possibilité de relancer le raffinage ou de faire intervenir d’autres investisseurs afin de contribuer à l’approvisionnement du marché à des prix plus bas.
Ces propositions ont été formulées dans le cadre de son intervention parlementaire. Elles constituent des demandes adressées au gouvernement et non des mesures déjà adoptées.
« Les barons à cravate » : un appel à la reddition des comptes
C’est sur le terrain de la gouvernance et de la lutte contre la corruption que Younes Mellal a employé l’expression la plus marquante de son intervention, en évoquant les « barons à cravate », ou « farrakchia », pour désigner les personnes qu’il accuse de profiter indûment de l’argent public.
Le conseiller a demandé que la lumière soit faite sur les bénéficiaires d’éventuels dysfonctionnements dans les programmes de soutien, que les responsabilités soient établies et que les fonds obtenus illégalement soient restitués lorsque les faits sont démontrés.
« Nous ne les appelons pas des barons, ce sont plutôt des personnes qui portent des cravates », a-t-il déclaré en substance, dans une formule destinée à dénoncer ce qu’il considère comme une forme de prédation des ressources publiques. Il a insisté sur la nécessité d’identifier les personnes impliquées et de demander des comptes sur l’utilisation de l’argent des contribuables.
Mellal a également plaidé pour la remise à l’ordre du jour du projet de loi relatif à l’enrichissement illicite. Il a demandé une révision des dispositions qu’il estime restrictives pour les associations et la société civile, afin de préserver leur capacité à signaler les dysfonctionnements.
Il a enfin insisté sur le principe de corrélation entre responsabilité et reddition des comptes, ainsi que sur la nécessité de prévenir les conflits d’intérêts entre l’exercice d’une fonction politique et les relations commerciales avec l’État.
En conclusion de son intervention, Younes Mellal a affirmé que son groupe était disposé à coopérer avec le gouvernement sur les initiatives servant les intérêts des citoyens. Selon lui, l’opposition ne doit pas se limiter à entraver l’action de l’Exécutif, mais contribuer à améliorer les lois et les politiques publiques.
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Source : Hespress
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